Hyacinthe Rigaud et sa clientèle roussillonnaise : le portrait de Don Bonaventura d’Ortaffa y de Vilaplana

15 Feb 2017

Catalogue concerné : I. Catalogue des portraits peints / Portraits d'attribution certaine

Période : Cinquième période (de 1709/1710 à 1719/1720)

Nature de la mise à jour : création de notice

Numéro supplémentaire au catalogue : PS.10 

 Fig. 1 : Hyacinthe Rigaud, Portrait de Bonaventura d'Ortaffa y de Vilaplana, 1715, collection particulière

(c) Balclis

 

NOUVELLE NOTICE

PS.10 Bonaventura d'Ortaffa y de Vilaplana

Ht. H. 0,78 ; L. 0,61 m. Inscription en haut à droite sur la toile : Don Bonaventure // d’Ortaffa commdt // général des miquelets // a la guerre de // succession // Maréchal de camp des // armées royales en 1738.

Coll. part.

Hist. : Commandé en 1715 à l'occasion de l'accession du modèle au rang de chevalier de l'ordre de Saint-Louis ; mentionné selon Philippe Lazerme (communication écrite à Laurent Fonquernie, décembre 2016) dans la chambre du modèle, lors de l'inventaire après son décès, 17 mars 1748 ("dans la chambre de l'alcove attenant à la Salle : 11. Primo le portrait dud[it] feu don Bonaventure d'Ortaffa  à bordure dorée", Perpignan, Arch. dép., 3E 9/294, n° 99 et 105) ; par descendance ; coll. part. ; vente Barcelone, Balclis, 21 décembre 2016, lot 1542 (attribué à Rigaud), repr. p. 146, non vendu ; ajout du 16 mai 2017 : vente Barcelone, Balclis, 31 mai 2017, lot 1451, repr. (Rigaud, notice rédigée avec la collaboration d'Ariane James-Sarazin et Laurent Fonquernie).

Bibl. : Laurent Fonquernie, « Portrait de Bonaventure d’Ortaffa i Vilaplana, noble roussillonnais, commandant en chef des miquelets », Institut du Grenat. L’officiel du bijou en Grenat de Perpignan et du costume roussillonnais, [en ligne], mis en ligne le 5 décembre 2016, URL : http://www.institutdugrenat.com/2016/12/portrait-de-bonaventure-dortaffa-i-vilaplana-noble-roussillonnais-commandant-en-chef-des-miquelets/

Analogies : voir Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), tome II : Le catalogue raisonné, Dijon, Editions Faton, 2016, n° P.1136, repr. p. 379 et n° P.1240, repr. p. 407.

 

 

Le 5 décembre 2016, l’historien d’art Laurent Fonquernie publiait sur son site L’institut du Grenat. L’officiel du bijou en Grenat de Perpignan et du costume roussillonnais [1] le portrait inédit par Hyacinthe Rigaud de Don Bonaventura d’Ortaffa y de Vilaplana (vers 1672-1748), que s’apprêtait à proposer à la vente, le 21 décembre 2016, à Barcelone, la maison Balclis [2]. Prudemment attribué à Rigaud dans le catalogue de la vente, ce portrait se révéla lors de l’examen que nous en fîmes avec Laurent Fonquernie chez Balclis le 27 décembre 2016 un tableau original de Hyacinthe Rigaud, que nous proposons de dater de 1715, année à laquelle le modèle reçut la croix de l’ordre militaire de Saint-Louis [3].

 

Dans son ouvrage capital sur la noblesse catalane [4], Philippe Lazerme a établi les traits saillants de la biographie de Don Bonaventura d’Ortaffa y de Vilaplana que nous nous bornons ici à reprendre. Né vers 1672 [5] à Perpignan, Bonaventura fit une brillante carrière dans les armées du roi de France. Entré en 1689 comme cadet dans les Grenadiers du régiment de Piémont, il servit entre 1692 et 1695 comme capitaine réformé dans le Royal-Roussillon où il se fit remarquer du maréchal de Noailles (1650-1708). Celui-ci, ainsi que son successeur, le duc de Vendôme (1654-1712), tous deux clients de Rigaud [6], le prirent comme aide de camp durant les campagnes françaises en Catalogne. De retour en Roussillon à l’issue des hostilités, Bonaventura fut l’un des principaux seigneurs catalans chargés du recrutement et de l’organisation des Milices de cette province dont un des régiments lui fut confié par la suite avec le grade de colonel. En 1714, il fut nommé commandant pour le Roi à la place de Bellver, puis colonel du régiment d’Arquebusiers lors de la formation de ce corps en Roussillon quelques années plus tard. Le 1er février 1719, il reçut une commission de capitaine pour une compagnie franche de Dragons nouvellement levée et le 23 avril 1725, il accéda à la fonction d’inspecteur général du bataillon des Arquebusiers, appelés aussi Miquelets ou Fusiliers de Montagne. Élevé le 1er mars 1738 au grade de maréchal des camps et armées du Roi, ce que n’oublie pas de signaler l’inscription ajoutée à posteriori sur la toile, Bonaventura s’éteignit le 17 mars 1748 dans sa ville natale et fut enseveli dans le caveau familial au monastère de Saint-François.

De son union, le 31 juillet 1695, avec Dona Hipolita Maria Ana Francesca Josepha Ignacia Beneta Magdalena Theresa Eularia Andreva Raymunda Theodora Eudalda Manuela Galderiga Margarida Lluisa Seraphina Joana Ros y Reart (1676-1744), naquirent quatre enfants. Ce mariage atteste des liens existant entre les familles des Ortaffa et des Ros, dont on sait combien ils comptèrent dans l’ascension du jeune Hyacinthe Rigaud qui représenta trois de leurs membres en 1696 [7]. Selon une communication écrite de Philippe Lazerme à Laurent Fonquernie (décembre 2016), un portrait de Bonaventura, qui pourrait correspondre à notre tableau [8], aurait été prisé dans la chambre du défunt, lors de l’inventaire après son décès en mars 1748.

 

Les livres de comptes de l’artiste restant muets à son propos, on aurait pu penser que le portrait de Bonaventura avait été exécuté lors du séjour en Roussillon que fit Rigaud en 1695-1696, alors qu’il était installé à Paris depuis 1681. Mais l’âge qu’avait alors le modèle (23-24 ans) ne peut correspondre à la maturité du visage de notre tableau. En revanche, la présence du ruban rouge et de la croix de Saint-Louis, qui pend fièrement à la poitrine de son récipiendaire, et dont la délicate exécution révèle qu’ils n’ont point été ajoutés après coup, mais bien intégrés dès le départ à la composition, oriente la datation vers l’année 1715, ce que confortent à la fois le type de perruque et la comparaison stylistique avec d’autres œuvres contemporaines de Rigaud. On en voudra pour preuve la proximité de composition – un buste en armure, de léger trois-quarts, presque de profil, vers la droite, la tête tournée vers le spectateur, le tout drapé dans un manteau qui recouvre l’épaule gauche, mais laisse apparent le bras droit, tandis que la perruque s’orne d’un discret ruban noir – entre notre portrait et ceux, antérieurs, du comte de Beauvau peint en 1711, que nous avons publié en 2016 [9] ou de Nicolò Durazzo peint en 1712 [10, Fig. 2]. Quant à la manière, elle porte, par sa qualité même, la marque de l’intervention du maître en personne, peut-être secondé, comme souvent, par un collaborateur pour le manteau, et ce d'autant plus que l'habillement fut repris - "répété" selon l'expression consacrée des livres de comptes - de modèles antérieurs : les extrémités du ruban rouge de l'ordre de Saint-Louis sont opportunément irrégulières et frangées ; les carnations sont subtiles et s’illuminent de touches plus claires sur l’arête du nez ou au creux de l'œil, tandis qu’une humidité imperceptible fait briller le regard au bord de la paupière inférieure ; le col percé d’une résille de dentelles où s’épanouissent quelques fleurs est d’une légèreté arachnéenne. C’est ainsi, de la plus belle manière, que Bonaventura d’Ortaffa y de Vilaplana vint enrichir en 1715 une clientèle roussillonnaise, déjà fort nourrie [11]. Ce portrait n’en a de ce fait que plus de valeur pour l’histoire de la Catalogne, mais également pour celle des relations, complexes, qu'entretint le peintre avec sa province natale.

 

Fig. 2 : Hyacinthe Rigaud, Portrait de Nicolo Durazzo, 1712, huile sur toile, H. 0,80 x L. 0,64 m, Italie, Tortona, museo civico, inv. 180

(c) Tortona, museo civico, studio fotografico controluce di Raffaele Vaccari

Notes

 

[1] Laurent Fonquernie, « Portrait de Bonaventure d’Ortaffa i Vilaplana, noble roussillonnais, commandant en chef des miquelets », Institut du Grenat. L’officiel du bijou en Grenat de Perpignan et du costume roussillonnais, [en ligne], mis en ligne le 5 décembre 2016, URL : http://www.institutdugrenat.com/2016/12/portrait-de-bonaventure-dortaffa-i-vilaplana-noble-roussillonnais-commandant-en-chef-des-miquelets/

 

[2] Vente Barcelone, Balclis, 21 décembre 2016, lot 1542, repr. p. 146.

 

[3] Jean François Louis d’Hozier, Recueil de tous les membres composant l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, depuis l'année 1693, époque de sa fondation ; précédé des édits de création et autres relatifs audit ordre, Paris, 1818, tome II, p. 189 (consultable en ligne sur Gallica).

 

[4] Philippe Lazerme, Noblesa catalana. Cavallers y Burgesos honrats de Rossello y Cerdanya, La Roche-sur-Yon, 1976, tome II, p. 424-425. On consultera également avec profit Pinard, Chronologie historique-militaire, contenant l’histoire de la création de toutes les charges, dignités et grades militaires supérieurs…, Paris, 1760-1778, p. 140-141 (consultable en ligne sur Gallica), comme le suggère dans son article Laurent Fonquernie.

 

[5] Le Dictionnaire de biographies roussillonnaises de Jean Capeille (Marseille, 1978, reprint de l’édition de Perpignan, 1914, p. 433-434) place sa naissance en 1672 précisément.

 

[6] Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Dijon, Éditions Faton, 2016, tome II, n° P.245 (Noailles, 1691), n° *P.357 (Noailles, 1693-1695) et n° *P.568 (Vendôme, 1698). 

 

[7] Nous nous permettons de renvoyer sur cette question à notre ouvrage, Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Dijon, Éditions Faton, 2016, tome I : L’homme et son art, p. 66-68, 103-104, 143, 303, et tome II : Le catalogue raisonné, n° *P.476, p. 155, *P.477, p. 155 et *P.478, p. 156. Laurent Fonquernie a publié le 2 septembre 2011 le portrait du comte de Ros (collection particulière) par Hyacinthe Rigaud, ce qui nous avait échappé : Laurent Fonquernie, « Portrait du comte de Ros », Institut du Grenat. L’officiel du bijou en Grenat de Perpignan et du costume roussillonnais, [en ligne], mis en ligne le 2 septembre 2011, URL : http://www.institutdugrenat.com/2011/09/portrait-du-comte-de-ros/

 

[8] Le conditionnel est de mise car le tableau est prisé sans nom d'artiste.

 

[9]  Ariane James-Sarazin, op. cit., 2016, tome II, n° P.1136, repr. p. 379.

 

[10]  Ariane James-Sarazin, ibid., 2016, tome II, n° P.1240, repr. p. 407.

 

[11] Voir à ce propos Ariane James-Sarazin, « Hyacinthe Rigaud. Perpignan, Paris, la gloire », catalogue de l’exposition Rigaud intime, Perpignan, 2009, p. 27-38.

Pour citer cet article

 

Référence électronique

Ariane James-Sarazin, "Hyacinthe Rigaud et sa clientèle roussillonnaise : le portrait de Don Bonaventura d'Ortaffa y de Vilaplana", Hyacinthe Rigaud (1659-1743). L'homme et son art - Le catalogue raisonné, Editions Faton, [en ligne], mis en ligne le 15 février 2017, URL : http://www.hyacinthe-rigaud.fr/single-post/2017/02/15/Hyacinthe-Rigaud-clientèle-Roussillon-portrait-de-Bonaventura-dOrtaffa

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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