Une quatrième version du portrait du fermier général Jean François de La Porte

17 Feb 2017

Catalogue concerné : I. Catalogue des portraits peints / Portraits d'attribution certaine

Période : Septième période (de 1729/1730 à 1743)

Numéro déjà catalogué : P.1463 (pages 512-513)

Rubrique concernée : Œuvres en rapport / Répliques conservées

Nature de la mise à jour : ajout d'une réplique

 Fig. 1 : Hyacinthe Rigaud et atelier, Portrait de Jean François de La Porte, 1733, collection particulière

(c) Christie's Images Limited 2017

 

NOUVELLE RÉPLIQUE

Hyacinthe Rigaud et atelier

Jean François de La Porte

Ht. H. 0,81 ; L. 0,65 m ; au dos, étiquette ancienne : Aved // MCXXX.

Coll. part.

Hist. : Commandé à Rigaud et à son atelier en 1733 ; vente Boniface de Castellane et Anna Gould. "A way of Life", Paris, Christie's, 7 mars 2017, lot 63, repr. p. 79 (Hyacinthe Rigaud, réplique).

 

 

En 1733, Jean François de La Porte (1675-1743) commanda pour 600 livres son portrait en buste à Hyacinthe Rigaud qui adopta, selon ses livres de comptes, une composition « entièrement originale », c’est-à-dire encore inusitée pour ses modèles précédents, quoique tout à fait caractéristique de sa dernière période.

Outre l’original [1, Fig. 2], redécouvert par Dominique Menanteau en 2002 et aujourd’hui conservé à l’Hôtel de Ville de Meslay, quatre répliques au format sortirent en 1733 de l’atelier [2] pour la somme totale de 1200 livres, soit 300 livres chacune. Aux deux répliques déjà connues, la première, de belle qualité, au château de Meslay [3, Fig. 3], la deuxième au château de Cheverny [4, Fig. 4]on peut désormais ajouter celle vendue avec la collection Boniface de Castellane et Anna Gould [Fig. 1], qu’une étiquette ancienne, au dos de la toile, donna un temps au peintre Aved (1702-1766). On notera deux différences majeures entre la toile aujourd’hui proposée aux enchères et les deux autres répliques connues : un accident, dissimulé par un repeint, a certainement occulté un quatrième bouton de la veste, tandis que le manteau, repris ultérieurement à différents endroits, se pare d’un marron foncé où transparaît de part et d’autre un bleu gris sous-jacent, assez voisin de celui visible sur les manteaux tant de la toile originale que des répliques des châteaux de Meslay et de Cheverny. Gageons qu’une restauration prochaine nous en dira plus sur ces différences constatées.

 

 

Fig. 2 : Hyacinthe Rigaud, Portrait de Jean François de La Porte, 1733, huile sur toile, H. 0,81 x L. 0,65 m, France, Meslay, Hôtel de Ville

(c) Ville de Meslay

 

 

Jean François de La Porte était le fils du fermier général Jean de La Porte (1636-1695), qui avait été anobli par la charge de secrétaire du roi le 29 mars 1671, et d’Elisabeth des Ruelles. Il était le frère aîné de François de La Porte-Féraucourt (ca. 1677-1730), qui avait été peint en 1710 par Rigaud [5], mais aussi, selon Thierry Claeys [6], de Jean-Baptiste de La Porte du Plessis (ca. 1675-1741), autre modèle de notre artiste [7]. Fermier général à la mort de son père, doyen de la Compagnie et président du Comité des Caisses de 1726 à 1742, Jean François était le personnage le plus important de la Ferme et le représentant des milieux financiers auprès du gouvernement. Il avait épousé en juillet 1709 Catherine Soubeyran, fille du garde des registres du Contrôle général des finances, morte le 20 juin 1710 à l’âge de 22 ans, en donnant naissance à un fils, Pierre Jean François, qui fera lui-même une belle carrière d’intendant en Bourbonnais, puis en Dauphiné et qui épousera le 30 juillet 1739 Anne Elisabeth Lefèvre de Caumartin.

 

La chambre de justice de 1716, à laquelle Jean François déclara une fortune de 436 523 livres environ, le taxa pour 144 000 livres. Sa résidence ordinaire à Paris était un hôtel de la rue Neuve-des-Petits-Champs, ce qui en faisait le voisin immédiat de Rigaud. Les Mémoires pour servir à l’histoire du publicanisme moderne, rapports de police qui constituent une source privilégiée pour l’étude des fermiers généraux, le dépeignent en ces termes : « Homme d’un profond sçavoir, et de plus, grand courtisan, bon travailleur […] Du reste, il étoit poly avec tout le monde, même avec un air de grandeur et aimoit assez à rendre service. Il étoit avec cela magnifique et tenoit une des meilleures tables de Paris […] Il auroit dû laisser des biens immenses à [son] fils unique, par rapport à la longue durée du temps qu’il avoit été fermier général, mais il est pour ainsy dire pauvre et presque insolvable, tant par raport à sa magnificence que par la grande multitude d’entreprises et de manufactures que le feu cardinal de Fleury l’avoit engagé de soutenir seul, et où il s’étoit ruiné » [8]. Une autre version de ces mêmes Mémoires précise que La Porte était « amateur des sciences et beaux-arts et des gens d’esprit et de lettres » [9]. Jean François fonda en effet deux manufactures de cotonnades, l’une à Issoudun, l’autre à Meslay, qui produisaient des toiles de coton et de fil appelées les « siamoises de La Porte » ou « de Meslay » et qui connurent un franc succès à Paris. Il avait en outre conçu le projet de rendre le Loir navigable de Châteaudun à La Flèche. Devenu seigneur de Meslay par la mort de son frère en 1730, il fit beaucoup pour son village, le mettant à l’abri des crues, faisant reconstruire l’église et son presbytère, au point d’y gagner le surnom de « fondateur de Meslay » que l’on retrouve au bas du cadre de son portrait original. Il confia en outre à l’architecte Jules Michel Alexandre Hardouin, neveu d’Hardouin-Mansart, le soin d’édifier un nouveau château dont la première pierre fut posée en 1732. Il mourut le 29 mai 1743 dans son hôtel parisien.

 

 

Fig. 3 : Hyacinthe Rigaud et atelier, Portrait de Jean François de La Porte, 1733, H. 0,80 x L. 0,63, France, château de Meslay, collection particulière

(c) droits réservés / François Baglin / Ariane James-Sarazin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fig. 4 : Atelier de Hyacinthe Rigaud, Portrait de Jean François de La Porte, 1733, H. 0,81 x L. 0,65, France, château de Cheverny, collection marquis de Vibraye

(c) droits réservés / François Baglin / Ariane James-Sarazin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On rapprochera le mouvement du manteau de velours doublé de soie d’autres portraits tardifs de Rigaud, tels ceux d’Abraham Van Hoey [10, Fig. 5] et de M. Guénébault [11] (1741-1742, ), tandis que la cravate à lourds pompons est un poncif vestimentaire distinctif des dernières œuvres du maître [12].

 

 

Fig. 5 : Hyacinthe Rigaud, Portrait d'Abraham Van Hoey, 1735-1736, H. 0,83 x L. 0,65 m, Paris, Galerie Alexis Bordes

(c) droits réservés / Philippe Salinson / Ariane James-Sarazin

Notes

 

[1] Huile sur toile, H. 0,81 ; L. 0,65 m, signée au dos de la toile : Fait par H. Rigaud 1733 ; voir Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Dijon, Éditions Faton, 2016, tome II : Le catalogue raisonné,              n° P.1463, repr. p. 512. Contrairement à ce qu'indique son blog (on sait que les fonctionnalités de tels outils permettent d'antidater une publication), l'article de Stephan Perreau, "Hyacinthe Rigaud et M. de La Porte sous les feux de la rampe"  (URL :  http://hyacinthe-rigaud.over-blog.com/article-mr-de-la-porte-sous-les-feux-de-la-rampe-98921093.html) a été, de fait, mis en ligne postérieurement au nôtre, comme en atteste la chronologie des alertes reçues par ses abonnés.  

 

[2] Les livres de comptes mentionnent en effet au titre de l'année 1733 « quatre copies de M[onsieu]r de la Porte » (Paris, Bibliothèque de l'Institut de France, ms 624, fol. 44 v° et Joseph Roman, Le Livre de raison du peintre Hyacinthe Rigaud, Paris, 1919, p. 210). Bien que ceux-ci ne fassent plus explicitement référence à la présence d'un collaborateur auprès du maître à partir de 1726, nos recherches ont montré que Rigaud continua à accueillir et à faire travailler de jeunes artistes à ses côtés dans les années 1730, tels Michel Hubert-Descours (1707-1775), Fabre ou Nicolas Desportes (1718-1787) : voir à ce propos Ariane James-Sarazin, op. cit., tome I : L'homme et son art, p. 192, 195, 334-347, 594, 600-604.

 

[3] Huile sur toile, H. 0,80 ; L. 0,63 m, château de Meslay, collection particulière ; voir Ariane James-Sarazin, ibid., tome II : Le catalogue raisonné, mentionné sous le n° P.1463, repr. p. 513.

 

[4] Huile sur toile, H. 0,81 ; L. 0,65 m, château de Cheverny, collection marquis de Vibraye ; voir Ariane James-Sarazin, ibid., tome II : Le catalogue raisonné, mentionné sous le n° P.1463, repr. p. 513.

 

[5] Voir Ariane James-Sarazin, op. cit., tome II : Le catalogue raisonné, n° *P.1181, p. 392.

 

[6] Thierry Claeys, Dictionnaire biographique des financiers en France au XVIIIe siècle, Paris, 2011, tome I, p. 658-659.

 

[7] Voir Ariane James-Sarazin, op. cit., tome II : Le catalogue raisonné, n° *P.1465, p. 513. Peint en buste en 1733, comme son frère Jean François.  

 

[8] Paris, BnF, Mss, fr 14 077, p. 35-37.

 

[9] Paris, Arch. nat., MM 8182.

 

[10] 1735-1736, voir Ariane James-Sarazin, op. cit., tome II : Le catalogue raisonné, n° P.1482, p. 521-522, repr. p. 521. Le portrait d'Abraham Van Hoey, publié pour la première fois par Dominique Brême en 2001, est aujourd'hui proposé par la Galerie Alexis Bordes à Paris. 

 

[11] 1741-1742, voir Ariane James-Sarazin, op. cit., tome II : Le catalogue raisonné, n° P.1521, repr. p. 536.

 

[12] Ariane James-Sarazin, op. cit., tome II : Le catalogue raisonné, par exemple le n° P.1446, repr. p. 505.

Pour citer cet article

 

Référence électronique

Ariane James-Sarazin, "Une quatrième version du portrait du fermier général Jean François de La Porte", Hyacinthe Rigaud (1659-1743). L'homme et son art - Le catalogue raisonné, Editions Faton, [en ligne], mis en ligne le 17 février 2017, URL : http://www.hyacinthe-rigaud.fr/single-post/2017/02/17/nouvelle-version-portrait-Jean-François-de-La-Porte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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