2017 Éditions Faton

Éditions Faton

25 rue Berbisey, 21000, Dijon

Tél. : 03.80.40.41.21

E-mail : infos@faton.fr

  • White Facebook Icon
  • White Twitter Icon
Hyacinthe Rigaud Catalogue raisonné Éditions Faton Ariane James-Sarazin
Hyacinthe Rigaud Catalogue raisonné Éditions Faton Ariane James-Sarazin
Editions Faton Hyacinthe Rigaud Catalogue raisonné

Le dessin d'après le second portrait de Charles de La Fosse par Hyacinthe Rigaud et son atelier

26 Feb 2017

Catalogue concerné : III. Catalogue des dessins / Dessins d'attribution certaine

Catégorie : Dessins finis en forme de ricordi en relation avec des portraits

Nature de la mise à jour : création de notice

Numéro supplémentaire au catalogue : DS.1

 Fig. 1 : Hyacinthe Rigaud et B. Monmorency, Portrait de Charles de La Fosse, après 1691, peut-être entre 1699 et 1704/1705, collection particulière

(c) droits réservés / Galerie de Bayser / Daguerre

 

NOUVELLE NOTICE

DS.1 Charles de La Fosse

Pierre noire, plume et encre brune, rehauts de craie et de gouache blanches, traces légères de mise au carreau par dessus le dessin, sur papier autrefois bleu. H. 37 ; L. 28,5 cm. Inscription manuscrite à la plume et à l'encre brune, due très certainement à Hendrik van Hulst (1684-1754), au bas de la feuille sous un trait continu noir : Portrait de Mr De La fosse peintre du Roy dessiné par Mr. Rigaud et sur lequel il a // êté gravé par Mr. Drevet

Coll. part.

Hist. : Exécuté par Rigaud et son atelier (B. Monmorency) après 1691, peut-être entre 1699 et 1704/1705 ; coll. du peintre Noël Hallé (1711-1781) ? ; donné par Geneviève Lorry, veuve de Noël Hallé, à son fils Jean Noël Hallé à l'occasion de son mariage avec Marie Geneviève Marchand ?, 1785 ("du même [Largillierre : erreur du notaire, il s'agit en fait de Rigaud] , un superbe dessin encadré, c'est le portrait de M. de la Fosse, peintre", Paris, Arch. nat., ét. C, liasse 882, contrat de mariage, 7 avril 1785) ; coll. Jacques Hallé ?, 1905 ; coll. part. ; prochaine vente Paris, Drouot, Daguerre, 27 mars 2017, lot 19, repr. p. 11 (expert : Cabinet de Bayser, notice rédigée avec le concours d'Ariane James-Sarazin).

Bibl. : Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Dijon, Editions Faton, 2016, tome II : Le catalogue raisonné, n° DM.190, p. 624.

Œuvres en rapport : voir Ariane James-Sarazin, op. cit., tome II : Le catalogue raisonné, n° P.265, p. 93-94 et DM.190, p. 628, mais aussi P.38, p. 28-29 et D.27, p. 597-598.

 

 

On connaît deux portraits du peintre Charles de La Fosse (1636-1716) par Hyacinthe Rigaud : le premier, en buste, est inscrit dans les livres de comptes de l’artiste en 1682 pour 88 livres et est aujourd’hui conservé en mains privées [1, Fig. 2] ; le second, offert par Rigaud à son modèle [2], le représente jusqu’aux genoux, dans une attitude d’élégante nonchalance, caractéristique de la production du maître, très marqué dans ses années de jeunesse par Van Dyck [3, Fig. 3].

 

 

Fig. 2 : Hyacinthe Rigaud, Portrait de Charles de La Fosse, 1682, huile sur toile, H. 0,83 x L. 0,66 m, collection particulière

(c) droits réservés / Ariane James-Sarazin

 

 

Fig. 3 : Hyacinthe Rigaud, Portrait de Charles de La Fosse, 1691, huile sur toile, H. 1,16 x L. 0,91 m, Allemagne, Berlin, Stiftung Preussiche Schlösser und Gärten Berlin-Brandenburg, Schloss Charlottenburg. Inv. GK I 2 625.

(c) Berlin, Stiftung Preussiche Schlösser und Gärten Berlin-Brandenburg, Schloss Charlottenburg / Roland Handrick

 

 

Propriété des collections berlinoises, c’est très certainement cette version « en grand », plus ambitieuse, que Rigaud choisit de présenter au Salon de 1704 parmi vingt-sept autres de ses œuvres [4]. Réduite au buste et « accommodée de goût » [5] pour l’occasion par Rigaud – un dessin à la sanguine [6, Fig. 4] garde le souvenir de ses ajustements –, la toile de Berlin fournit également matière à l’un des deux morceaux de réception du graveur Gaspard Duchange (1662-1757), admis définitivement au sein de l’Académie royale le 30 juillet 1707 [7, Fig. 5]. S’ajoute désormais à l’histoire de sa diffusion la belle feuille en manière de ricordo que nous avons pu examiner, à la demande du Cabinet de Bayser, le 16 février 2017 et que nous avons proposé d’attribuer, compte tenu de son graphisme, à Rigaud et à son collaborateur d’origine hollandaise, B. Monmorency [8] auquel le maître confia, à la disparition de Charles Viennot (1674-1706), le soin de retranscrire certaines de ses toiles par le dessin.

 

 

Fig. 4 : Hyacinthe Rigaud, Ajustement du second portrait de Charles de La Fosse pour la gravure, entre 1704 et 1707, sanguine, H. 25,8 x L. 20,4 / 21,3 cm, Allemagne, Stuttgart, Staatsgalerie, Graphische Sammlung. Inv. C 1 888.

(c) Stuttgart, Staatsgalerie, Graphische Sammlung

 

 

 

Fig. 5 : Gaspard Duchange (1662-1757) d'après Hyacinthe Rigaud, Portrait de Charles de La Fosse, 1707, burin, H. 34,5 x L. 23,7 cm, France, Paris, BnF, département des Estampes et de la photographie

(c) BnF

 

 

Si le visage, malgré l’oxydation du plomb, et la perruque, rendue de manière extrêmement subtile dans son traitement souple et différenciée de chaque boucle, voire de chaque cheveu, reviennent sans conteste au maître, on reconnaît la façon tout à fait particulière qu’a Monmorency de charger d’encre brune les sillons creusés dans le tissu de l’ample manteau ou encore de traduire les zones d’impact de la lumière au moyen de filaments ou de morsures rapides de blanc. On admirera le soin apporté par le maître et son collaborateur à révéler les mille et un chatoiements de la soie, au point de rivaliser avec la richesse chromatique de la peinture, et ce d’autant plus lorsque l’on sait que la couleur du manteau, dans la toile de Berlin, est un noir.

 

Un très léger carroyage s’observe ici et là : son tracé qui vient par-dessus le dessin est de nature à accréditer l’hypothèse selon laquelle la feuille aurait été destinée à servir de modèle au graveur Pierre Drevet (1663-1738), comme semble le suggérer l’annotation manuscrite placée au bas. Le fait qu’aucune épreuve de cette estampe ne soit connue n’est pas un argument suffisant pour mettre en doute la réalité du travail de Drevet ou du moins, de son intention de transcrire, par le burin, le La Fosse de Rigaud. On connaît bien d’autres cas de gravures qui lui furent inspirées par l’œuvre du Catalan et qui, soit restèrent à l’état de projet, soit ne nous sont parvenues que sous la forme de mentions. En outre, l’identité probable de l’auteur de l’annotation manuscrite est de nature à exclure toute erreur ou toute confusion faite par le scribe avec la gravure de Gaspard Duchange : une comparaison paléographique, à laquelle nous avons procédé le 22 février 2017 à la Bibliothèque de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts en présence d'Emmanuelle Brugerolles, avec les manuscrits autographes d’Hendrik van Hulst, historiographe de l’Académie royale et premier commentateur de l’œuvre de Rigaud [9], permet d’attribuer à ce dernier la paternité de cette annotation, comme de celles qui figurent, selon un procédé comparable, au bas des dessins représentant, par exemple, le duc de Mantoue [10, Fig. 6] et Mgr de Saint-Albin [11, Fig. 7]. Néanmoins, si tant est que l’exécution de notre feuille ait été initialement diligentée par le souhait d’en confier la gravure à Pierre Drevet, l’un de ses interprètes attitrés, il est probable que Rigaud y ait également vu, comme à son habitude, le moyen de conserver pour ses annales personnelles et le fonctionnement de son atelier, voire pour une commercialisation ultérieure, le souvenir d’une de ses compositions originales et ô combien mémorables.

 

 

Fig. 6 : Hyacinthe Rigaud et B. Monmorency, Portrait de Ferdinando Carlo IV Gonzaga, duc de Mantoue, 1708, pierre noire, lavis, rehauts de gouache blanche sur papier bleu, H. 36,3 x L. 28,6 cm, collection particulière

(c) droits réservés / Ariane James-Sarazin

 

 

Fig. 7 : Hyacinthe Rigaud, Portrait de Charles d'Orléans de Saint-Albin, archevêque de Cambrai, un peu avant 1741, pierre noire, rehauts de blanc sur papier autrefois bleu, H. 35,7 x L. 29,6 cm, Etats-Unis, Washington, National Gallery of Art, inv. 2002.27.1

(c) Washington, National Gallery of Art

 

 

L’inscription effective de Monmorency dans les livres de comptes entre 1706 et 1708 ne doit pas écarter l’hypothèse d’une exécution de quelques années antérieure, car l’on sait les registres de Rigaud parfois peu rigoureux sur la présence, d’une année sur l’autre, d’un collaborateur au sein de l’atelier. Selon nous, l’exécution de notre dessin pourrait se situer soit au lendemain de l’élévation de Charles de La Fosse à la tête de l’Académie royale en 1699, soit au lendemain du Salon de 1704, toutes circonstances qui auraient pu donner quelque actualité à la diffusion par la gravure de son portrait. Rigaud ne devait-il pas à son aîné, chef de file des peintres coloristes, pareille reconnaissance ? En commandant en 1682 son portrait au jeune Hyacinthe, La Fosse avait contribué, avec d’autres de ses confrères, à le lancer, notamment dans le monde des amateurs. C’est certainement par son intermédiaire que Rigaud rencontra Everhard Jabach (1618-1695) [12]. C’est aussi grâce à son amicale entremise, lorsque La Fosse fut à la tête de l’Académie (1699-1702), que Rigaud fut reçu en 1700 dans l’illustre compagnie, nanti du double titre de portraitiste et de peintre d’histoire. L’inventaire après décès de Rigaud [13] révèle en outre qu’il possédait six œuvres de son confrère dont deux belles esquisses : l’une était une étude, « petit tableau rond sur toile », pour la coupole des Invalides, représentant Saint Louis entouré d’anges musiciens présente ses armes au Christ (n° 382 et lot n° 33 de la vente Collin de Vermont en 1761, acheté 149 livres et 19 sols par le peintre Jean Valade), l’autre était un projet de plafond sur le thème du Temps découvrant la vérité (n° 384, Rouen, musée des Beaux-Arts).

 

Par sa qualité intrinsèque, sa probable provenance, les affinités artistiques et affectives entre un artiste et son modèle qu'elle illustre, son authentification que nous offre, de sa main, l’un des premiers et des plus intimes connaisseurs de Rigaud, notre feuille s’impose donc comme un jalon important dans la connaissance de l’œuvre dessiné du maître.

Notes

 

[1] Huile sur toile ovale, H. 0,83 : L. 0,66 m, collection particulière ; voir Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Dijon, Editions Faton, 2016, tome II : Le catalogue raisonné, n° P.38, repr. p. 28. 

 

[2] C'est du moins ce qu'affirme Hendrik van Hulst, après 1743, publié dans Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l’Académie royale de peinture et de sculpture, éd. Ph. de Chennevières, L. Dussieux, P. Mantz, A. de Montaiglon et E. Soulié, Paris, 1854, éd. 1854, tome II, p. 153. Le tableau est mentionné dans l'inventaire après décès de La Fosse : « Et à l’égard du portrait dudit deffunt sieur de La Fosse estant dans la salle de l’appartement de ladite dame peint par le sieur Rigault, il n’a pas esté inventorié » (Paris, Arch. nat., ét. LXXVII, liasse 149, 23 décembre 1716 ; voir sur La Fosse, la monographie de référence de Clémentine Gustin-Gomez, Charles de La Fosse (1636-1716), le maître des Modernes, Dijon, Editions Faton, 2006, p. 347, n° I.3, repr.).

 

[3] Huile sur toile, H. 1,16 ; L. 0,91, Berlin, Stiftung Preussische Schlösser und Gärten Berlin-Brandenburg, Schloss Charlottenburg, inv. GK I 2 625 ; Ariane James-Sarazin, op. cit., tome II : Le catalogue raisonné,

n° P.265, repr. p. 93.

 

[4] Jules Guiffrey, Collection des livrets des anciennes expositions depuis 1673 jusqu’en 1800, tome I, reprint de l’éd. 1869-1872, Nogent-le-Roi, 1990, p. 41 :  trumeau sur l'eau, au second rang, "M. de la Fosse, ancien directeur et Recteur". 

 

[5] Hendrik van Hulst, op. cit., tome II, p. 173.


[6] Sanguine sur papier bistre, H. 25,8 ; L. 20,4 / 21,3 (feuille irrégulièrement coupée), Stuttgart, Staatsgalerie, Graphische Sammlung, inv. C 1 888 ; voir Ariane James-Sarazin, op. cit., tome II : Le catalogue raisonné, n° D.27, repr. p. 597.

 

[7] Gravure en contrepartie et en buste par Gaspard Duchange, 1707, burin, H. 34,5 ; L. 23,7 cm, Paris, BnF, Est., AA 3, Da. 64 p. 71 [34], N 2 et s.n.r et Paris, Ensba, fol. 1439, pl. 25 ; voir Ariane James-Sarazin, ibid., tome II : Le catalogue raisonné, n° P.265, repr. p. 93.

 

[8] Voir la notice que nous lui consacrons dans notre dictionnaire des élèves et collaborateurs de Rigaud : Ariane James-Sarazin, ibid., tome I : L'homme et son art, p. 612.

 

[9] Sur Hulst, voir Ariane James-Sarazin, ibid., tome I : L'homme et son art, p. 239-241. On lui doit notamment le premier catalogue de l'oeuvre gravé de son ami. 

 

[10] Ariane James-Sarazin, ibid., tome II : Le catalogue raisonné, n° D.116, repr. p. 616.

 

[11] Ariane James-Sarazin, ibid., tome II : Le catalogue raisonné, n° D.52, repr. p. 602. 

 

[12] Ariane James-Sarazin, ibid., tome I : L'homme et son art, p. 117, tome II : Le catalogue raisonné,

n° P.129 à n° P.132, p.51-53 et n° D.4, p. 592.

 

[13] Paris, Arch. nat., ét. XLIII, liasse 383, 6 mars-21 avril 1744, n° 356, 382, 384, 402 ; Ariane James-Sarazin, "L'inventaire après décès de Hyacinthe Rigaud", Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, livraison de l'année 2007, Paris, 2009, p. 113, 115-116. 

Pour citer cet article

 

Référence électronique

Ariane James-Sarazin, "Le dessin d'après le second portrait de Charles de La Fosse par Hyacinthe Rigaud et son atelier", Hyacinthe Rigaud (1659-1743). L'homme et son art - Le catalogue raisonné, Editions Faton, [en ligne], mis en ligne le 26 février 2017, URL : http://www.hyacinthe-rigaud.fr/single-post/2017/02/26/Dessin-portrait-Charles-de-La-Fosse-par-Rigaud-et-Monmorency

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager sur Facebook
Partager sur Twitter
Please reload

Ariane James-Sarazin Hyacinthe Rigaud Catalogue raisonné
INDEX
  • Black LinkedIn Icon
  • Twitter Basic Black
NEWSLETTER
ARCHIVES
Please reload

L'AUTEUR
Ariane James-Sarazin