2017 Éditions Faton

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Hyacinthe Rigaud Catalogue raisonné Éditions Faton Ariane James-Sarazin
Hyacinthe Rigaud Catalogue raisonné Éditions Faton Ariane James-Sarazin
Editions Faton Hyacinthe Rigaud Catalogue raisonné

Le modello du portrait de Louis XIV en grand costume royal

1 Mar 2017

Catalogue concerné : I. Catalogue des portraits peints / Portraits d'attribution certaine

Période : Quatrième période (de 1699/1700 à 1709/1710)

Numéro déjà catalogué : P.773 (page 258)

Rubrique concernée : Œuvres en rapport / Œuvres préparatoires
Nature de la mise à jour : précision apportée sur une oeuvre déjà cataloguée

 Fig. 1 : Hyacinthe Rigaud, Modello pour le Portrait de Louis XIV en grand costume royal, début de l'année 1701, Paris, Galerie Eric Coatalem

(c) Galerie Eric Coatalem

 

PRÉCISION APPORTÉE sur une OEUVRE déjà CATALOGUÉE

 

Nous nous interrogions dans notre ouvrage (Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Dijon, Editions Faton, 2016, tome II : Le catalogue raisonné, p. 254) sur le véritable statut qu'il convenait de donner à la petite toile passée en vente chez Leclère à l'hôtel Drouot à Paris le 18 avril 2016. Invitée par Eric Coatalem à l'examiner de nouveau après sa restauration, ce qui n'était jusqu'à présent qu'une hypothèse se trouve désormais confirmé : cette petite toile est bien, selon nous, le modello commandé à Rigaud en amont de l'exécution de son portrait de Louis XIV en grand costume royal qui s'est imposé, avec le temps, comme l'icône royale par excellence de l'Ancien Régime. 

 

 

Ht. H. 0,55 ; L. 0,45 m

Canada, Montréal, musée des Beaux-Arts, inv. 2017.51

(corrections en date des 16 mai et 6 juin 2017)

Hist. : Commandé à l’artiste par les Bâtiments du roi et réalisé au début de l’année 1701 pour être soumis à l’approbation de Louis XIV, avant la mise en chantier de son portrait en grand costume royal (Paris, musée du Louvre, huile sur toile, H. 2,77 ; L. 1,94 m, inv. 7492) ; partie des 10 000 livres versées à l’artiste par les Bâtiments du roi le 16 septembre 1702 « pour deux grands portraits du Roy en pied, avec l’esquisse en petit desdits portraits [note de l'auteur : c’est nous qui soulignons], comme aussy du portrait en pied du roy d’Espagne, qu’il a faits pendant la présente année » (Jules Guiffrey, Comptes des Bâtiments du Roi sous le règne de Louis XIV, Paris, tome IV, 1896, p. 827) ; collection particulière ; vente Paris, hôtel Drouot, Leclère, 18 avril 2016, lot 68 (école française du XVIIIe siècle d’après Rigaud, "Stephan Perreau attribue cette oeuvre comme copie réalisée par le cabinet du roi car cette petite version est de très grande qualité", cartel accompagnant l'oeuvre lors de sa présentation à l'hôtel Drouot le 25 février 2016, « réplique à l’identique […] probablement réalisée par un artiste indépendant, en marge des ateliers officiels », p. 46 du catalogue de vente), repr. p. 47 ; vente Munich, Hampel Fine Art Auctions, 7 décembre 2016, lot 1345 (atelier de Rigaud), repr. ; acquis par Éric Coatalem à cette vente ; ajout du 16 mai 2017 : Paris, Galerie Éric Coatalem ; acquis par le musée des Beaux-Arts de Montréal, avril 2017.

Bibl. : Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Dijon, Editions Faton, 2016, tome II : Le catalogue raisonné, n° P.773, p. 258 (« prenant de nombreuses libertés de détail […], la réduction récemment passée en vente chez Leclère […] frappe par sa perfection formelle, si bien qu’on serait fort tenté d’y voir la main du maître en personne, dans ses hésitations et ses approximations même par rapport aux parti pris définitifs d’une œuvre qui devait l’occuper plus d’un an. N’attend-on pas d’un copiste une attitude plus tranchée, soit d’exacte transcription jusqu’au moindre détail du tableau de référence, soit de libre interprétation de ce qui en fait l’essentiel ? ») ; ajout du 16 mai 2017 : Didier Rykner, "Un portrait de Louis XIV pour Montréal", La Tribune de l'art, [en ligne], mis en ligne le 16 mai 2017, URL : http://www.latribunedelart.com/un-portrait-de-louis-xiv-pour-montreal

 

 

Les circonstances qui présidèrent à la commande, puis à l’exécution et à la livraison du portrait de Louis XIV en grand costume royal [1, Fig. 4] par Hyacinthe Rigaud, devenu l’un des plus emblématiques de l’histoire de France, sont bien connues [2]. Avant de se séparer de son petit-fils, Philippe d’Anjou (1683-1746), promis à la couronne d’Espagne, Louis XIV exprima à la fin de l’année 1700 le désir de fixer ses traits et de le faire représenter investi de sa nouvelle autorité ; son choix se porta sur Rigaud et le tableau, peint entre 1700 et 1701, est demeuré jusqu’à aujourd’hui, presque sans interruption, au château de Versailles [3]. Le jeune roi d’Espagne tint à répondre à l’initiative de son grand-père en demandant à Rigaud d’exécuter, en pendant et en parallèle à sa propre effigie, un portrait de Louis XIV, dont il pût disposer à Madrid. Louis XIV complut à son petit-fils et opta pour une attitude en costume d’apparat, mais le portrait, commencé en mars 1701 et achevé en janvier 1702, séduisit tant la Cour et son modèle qu’il fut décidé de le garder à Versailles et d’en faire réaliser par Rigaud une réplique au format pour l’Espagne, qui finit, elle aussi, par demeurer en France [4] et à laquelle on substitua un Louis XIV en armure [5].

 

Compte tenu de l’importance de la commande – un portrait officiel du roi que celui-ci destinait à une couronne étrangère, quoique désormais sœur et alliée par l’accession à sa tête d’un Bourbon –, on exigea de Rigaud qu’il fît précéder sa grande toile d’une plus petite, que les comptes des Bâtiments qualifient d’ « esquisse », ce qui exclut d’y voir, comme nous l’avions nous-mêmes à tort envisagés [6] et comme le suggère le catalogue de la vente Leclère une « réduction […] probablement destinée à servir de modèle aux futures duplications des copistes officiels du roi » [7]. Extrêmement précis dans leur dénomination, les comptes des Bâtiments désignent en réalité sous ce terme un modello, c’est-à-dire une esquisse très finie, propre à être soumise à l’approbation de son commanditaire, en l’occurrence Louis XIV. La tradition a longtemps assimilé ce modello à une petite toile conservée au musée Condé à Chantilly [8, Fig. 2], mais sa proximité avec la gravure [9, Fig. 3] que Pierre Drevet exécuta en 1712 d’après le portrait de Louis XIV en costume royal par Rigaud [10] et sa qualité, moindre, incitent à abandonner cette hypothèse, abandon d’autant plus impérieux depuis la récente restauration du tableau présenté par Éric Coatalem. Tout concourt en effet à faire de celui-ci le modello que Rigaud soumit au début de l’année 1701 à Louis XIV, soit un témoignage exceptionnel tant par son rendu qui laisse pantois et qui signe une autographie pleine et entière, que par son unicité, car si les sources anciennes attestent bien de l’existence d’autres modelli dans l’œuvre rigaldien comme pour les portraits de Louis XV, de Samuel Bernard ou du cardinal de Bouillon [11], aucun n’est aujourd’hui connu.

 

 Fig. 2 : D'après Hyacinthe Rigaud, Portrait de Louis XIV en grand costume royal, après 1702, Chantilly, musée Condé, inv. PE 335

(c) RMN-GP (domaine de Chantilly) / René Gabriel Ojéda

 

 

Fig. 3 : Pierre Drevet d'après Hyacinthe Rigaud, Portrait de Louis XIV en grand costume royal, 1712, Paris, Bibliothèque nationale de France

(c) BnF

 

 

Outre quelques discrets repentirs, notre modello accumule les différences par rapport aux parti pris de la toile du Louvre [Fig. 4]. Nous avions notamment relevé en 2016 la position du bras de Thémis, figurée dans le bas-relief, qui repose sur une console de pierre, alors que dans le portrait achevé, il tient haut le fléau de la balance. Nous pourrions également pointer, sans souci d’exhaustivité tant les écarts avec le portrait achevé sont nombreux : la position de la jambe gauche dont la frontalité est particulièrement accusée, tandis que le ciseau entre les deux jambes est moins large ; les motifs brochés du tapis de brocart ; en bas à droite, le creux du manteau, moins épanoui et qui n’épouse pas complètement l’angle formé par l’estrade ; la traîne fleurdelisée qui laisse davantage apparents l’accotoir gauche et le montant droit du trône ; la façon dont le dais de velours rouge est drapé, ou encore l’enchevêtrement de ses cordons et la position de ses glands. 

On notera surtout combien, par rapport à son choix initial, Rigaud en vient à resserrer dans le tableau du Louvre sa composition autour de la figure du roi, en donnant, par exemple, moins de développement à l’échappée vers la galerie, dont l’élévation faite de niches et de cartouches a été passablement modifiée et que dissimule désormais en partie haute la retombée du dais. De ce fait, la silhouette du roi paraît plus élancée et imposante, tandis que les insignes et les objets manifestant son autorité semblent prolonger le déploiement de son corps avec lequel ils forment un tout indissociable. Ce que le portrait gagne au final en majesté, il le perd néanmoins en nuances émotives. On en donnera quelques traits : le rendu confondant, dans le modello, des carnations du visage et de la main droite, où l’on peut percevoir jusqu’au bleuissement de la peau aux endroits où passent les veines, ne trouve pas son pareil dans le tableau du Louvre, dont le grand format n’autorise pas de telles subtilités. De même, les boucles de la perruque sont, dans le modello, légères, moelleuses, aux mille et unes tonalités brunes, alors qu’elles donnent dans le tableau du Louvre une impression d’opacité compacte. Plus encore, ce sont, comme souvent chez Rigaud, les draperies, velours, brocart, fourrure d’hermine, dentelles et soies, qui trahissent une maîtrise distinctive que bien des collaborateurs ont tenté d’approcher, sans jamais pouvoir l’égaler. L’excellence se cache ici dans un détail qui ne trompe pas les regards les plus attentifs : alors que dans le tableau du Louvre, œuvre monumentale où l’atelier eut sa part – compte tenu de son évidente ambition –, les fleurs de lys brodées sont représentées distinctement, en pleine lumière et, lorsqu’elles sont au premier plan, dans leur quasi complétude, Rigaud s’est plu dans son modello à traduire, avec virtuosité, les déformations que leur imprimaient, sous ses yeux, le roi posant devant lui, plis et mouvements du corps. Ceci est parfaitement visible dans la coulée bleu fleurdelisée en bas à droite. Plus que tout autre, Rigaud posséda ce talent illusionniste de rendre les textures et de conférer la vie, qui fait de ce modello, par la modicité même de son format, un véritable chef d’œuvre et une oeuvre tout à fait exceptionnelle.

 

 

Fig. 4 : Hyacinthe Rigaud, Portrait de Louis XIV en grand costume royal, 1701-1702, Paris, musée du Louvre, inv. 7492.

(c) RMN-GP / musée du Louvre / Christophe Fouin

 

 

Notes

 

[1] Huile sur toile, H. 2,77 x L. 1,94 m, 1701-1702, Paris, musée du Louvre, inv. 7492 ; voir Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Dijon, Editions Faton, 2016, tome II : Le catalogue raisonné,

n° P.773, repr. p. 258.

 

[2] Voir au sujet des circonstances précises de cette commande Ariane James-Sarazin, op. cit., tome I : L'homme et son art, p. 146-163.

 

[3] Huile sur toile, H. 2,30 x L. 1,94 m, Versailles, musée national du Château et des Trianons, inv. MV 8493 ; voir Ariane James-Sarazin, op. cit., tome II : Le catalogue raisonné, n° P.743, repr. p. 246.

 

[4] Huile sur toile, H. 2,76 x L. 1,94 m, Versailles, musée national du Château et des Trianons, inv. MV 2041 ; voir Ariane James-Sarazin, op. cit., tome II : Le catalogue raisonné, n° P.773, repr. p. 259.

 

[5] Huile sur toile, H. 2,38 x L. 1,49 m, Madrid, museo nacional del Prado, inv. P02343 ; voir Ariane James-Sarazin, op. cit., tome II : Le catalogue raisonné, n° P.774, repr. p. 262.

 

[6] Ariane James-Sarazin, ibid., tome II : Le catalogue raisonné, n° P.773, p. 258.

 

[7] Catalogue de la vente Leclère, p. 46.

 

[8] Huile sur toile, H. 0,49 x L. 0,36 m, Chantilly, musée Condé, inv. PE 335 ; voir Ariane James-Sarazin, op. cit., tome II : Le catalogue raisonné, n° P.773, repr. p. 258. Contrairement à la toile acquise par la Galerie Coatalem, la toile du musée Condé présente au-dessus de la tête de Thémis, comme la plupart des versions conservées du Louis XIV de 1701, une étroite bande de pierre en ressaut, qui épouse la forme de la niche dans laquelle la déesse est représentée et où sont logées dans l'original du Louvre la signature de Rigaud et la date d'exécution du portrait. 

 

[9] Burin, H. 0,63 x L. 0,51 m ; voir Ariane James-Sarazin, ibid., tome II : Le catalogue raisonné, n° P.773, repr. p. 262.

 

[10] On retrouve en effet dans la toile de Chantilly d’infimes détails de composition qui sont propres à la gravure de Pierre Drevet, en ce qu’ils diffèrent du portrait du Louvre.

 

[11] Conservés de son vivant par Rigaud, les modelli des portraits de Louis XV et de Samuel Bernard firent partie de la collection de son filleul et légataire (pour partie), Hyacinthe Collin de Vermont, dispersée en 1761, tandis que le modello du portrait du cardinal de Bouillon apparaît dans le catalogue de la vente Lempereur en 1773. Il est probable que Rigaud ait également conservé le modello de son Louis XIV et que celui-ci ait été compris dans les lots indéterminés de son fonds d'atelier lors de l'inventaire dressé après son décès (voir Ariane James-Sarazin, "L'inventaire après décès de Hyacinthe Rigaud", Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, livraison 2007, Paris, 2009, p. 49-155), à l'instar de ce que l'on sait pour Charles Le Brun chez qui furent saisis en 1690 plusieurs modelli correspondant à des compartiments de la voûte de la galerie des Glaces à Versailles (voir Nicolas Milovanovic, dans catalogue de l'exposition Charles Le Brun (1619-1690), Paris, 2016, n° cat. 177 à 180, p. 332-339) ou pour Pierre Mignard qui conserva jusqu'à sa mort le modello de l'un de ses portraits équestres du roi (voir Jean-Claude Boyer, "L'inventaire après décès de l'atelier de Pierre Mignard", Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, livraison 1980, Paris, 1981, p. 140). Ajoutons que dans le cas de Le Brun et Mignard, la destinée de leur modelli respectivement après 1690 et 1695 fut bien différente de celle du modello de Rigaud après 1743, dans la mesure où tout ce que Le Brun et Mignard avaient produit depuis leur accession aux fonctions de Premier peintre était censé revenir au roi à leur décès.

Pour citer cet article

 

Référence électronique

Ariane James-Sarazin, "Le modello du portrait de Louis XIV en grand costume royal", Hyacinthe Rigaud (1659-1743). L'homme et son art - Le catalogue raisonné, Editions Faton, [en ligne], mis en ligne le 2 mars 2017, URL : http://www.hyacinthe-rigaud.fr/single-post/2017/03/02/modello-portrait-de-Louis-XIV

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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