2017 Éditions Faton

Éditions Faton

25 rue Berbisey, 21000, Dijon

Tél. : 03.80.40.41.21

E-mail : infos@faton.fr

  • White Facebook Icon
  • White Twitter Icon
Hyacinthe Rigaud Catalogue raisonné Éditions Faton Ariane James-Sarazin
Hyacinthe Rigaud Catalogue raisonné Éditions Faton Ariane James-Sarazin
Editions Faton Hyacinthe Rigaud Catalogue raisonné

Une nouvelle version en buste du portrait du duc d'Albret

8 Jan 2018

Catalogue concerné : I. Catalogue des portraits peints / Portraits d'attribution certaine

Période : Quatrième période (de 1699/1700 à 1709/1710)

Numéro déjà catalogué : *P.845 (pages 286-287)

Rubrique concernée : Œuvres en rapport / Répliques conservées

Nature de la mise à jour : ajout d'une réplique

Fig. 1a : Atelier de Hyacinthe Rigaud, Portrait d'Emmanuel Théodose de La Tour d'Auvergne, duc d'Albret, vers 1705-1708 (?), Paris, Galerie FC

(c) Galerie FC Paris

 

 

Fig. 1b : Atelier de Hyacinthe Rigaud, Dos du Portrait d'Emmanuel Théodose de La Tour d'Auvergne, duc d'Albret, vers 1705-1708 (?), Paris, Galerie FC

(c) Ariane James-Sarazin / droits réservés

 

 

Ajouts et corrections apportés à notre texte le 9 janvier 2018 : Suite à notre examen ce jour, mardi 9 janvier 2018 après-midi, de la toile à la Galerie FC Paris, nous nous permettons d'apporter quelques modifications, indiquées comme telles, dans le corps de notre article. Nous exprimons notre vive gratitude au galeriste Franck Claverie, qui a su percevoir le premier tout l'intérêt de cette toile, pour les informations dont il nous a fait bénéficier et pour sa grande gentillesse. 

 

NOUVELLE RÉPLIQUE

[En buste]

Atelier de Hyacinthe Rigaud

Emmanuel Théodose de La Tour d'Auvergne, duc d'Albret

Ht. (correction apportée le 9 janvier 2018 : initialement rectangulaire, coupée aux angles à une date inconnue afin de s'adapter à la forme du cadre, Fig. 1b)H. 0,71 ; L. 0,59 m

Paris, Galerie FC

Hist. : Peint après 1703-1705, peut-être entre 1705-1708 ; (ajout apporté le 9 janvier 2018 : découvert par Franck Claverie sur le marché de l'art parisien).

 

 



Une nouvelle version en buste, de format (correction apportée le 9 janvier 2018 : initialement rectangulaire à l'instar de) la seule réplique jusqu'ici localisée [1] (Fig. 2), du portrait jusqu'aux genoux du duc d'Albret, peint en 1703-1705 pour 500 livres et en "habillement répété" par Hyacinthe Rigaud et son collaborateur Bailleul [2], est actuellement visible sur les cimaises de la Galerie FC à Paris.

 

 

Fig. 2 : Atelier de Hyacinthe Rigaud, Portrait d'Emmanuel Théodose de La Tour d'Auvergne, duc d'Albret, vers 1705-1708 (?), collection particulière

(c) Ariane James-Sarazin / droits réservés

 

 

Emmanuel Théodose de La Tour d’Auvergne (1668-1730) fut duc d’Albret et de Château-Thierry, puis duc de Bouillon en 1721. Il était le fils de Godefroy Maurice et de Marie Anne Mancini, le frère du comte d’Évreux et le neveu du fameux cardinal de Bouillon, tous clients de Rigaud [3] au point que celui-ci peut être considéré non sans exagération comme le portraitiste attitré de cette prestigieuse maison. L'année où le jeune duc d'Albret passa commande de son portrait le vit aussi s'impliquer dans le procès qui opposait un autre de ses proches, l’abbé d’Auvergne, également peint par Rigaud en 1732-1733 [4], coadjuteur de l’abbaye de Cluny, aux moines de Cluny.

 

Si l'on en croit les livres de comptes de l'artiste, le portrait du duc d'Albret connut une belle fortune, puisque l'atelier en aurait exécuté au moins entre huit et dix répliques dont une à dimensions, c'est-à-dire en grand format, exécutée par Bailleul en 1705, les autres (trois en 1705 et quatre en 1706, dont deux dues à Bailleul et deux dues à Delaunay, auxquelles il convient sans doute d'ajouter deux nouvelles toiles confiées à Delaunay en 1708, à moins qu'elles ne fassent doublon avec celles dont on l'accrédite en 1706) se limitant au buste. L'une de ces réductions fut d'ailleurs acquise pour 75 livres par l'abbé mondain Bernardin Xavier Davy d'Amfreville , habile conteur, fort dévoué au père du jeune duc, et dont on trouve également le nom à la faveur de cette même année 1703 [5] dans les tablettes de Rigaud. Les sources anciennes nous ont en outre conservé le souvenir d'une (seconde ?) version en grand du portrait du duc d'Albert, qu'il faut peut-être différencier de celle donnée à Bailleul par les livres de comptes dans la mesure où cette dernière semble avoir été vendue pour 200 livres (mais rien n'est moins sûr) : en effet, par son codicille du 27 décembre 1743 [6], Rigaud légua au couvent des Jacobins de la rue Saint-Dominique, un portrait dit du duc de Bouillon en grand format, sur toile de 4 francs [H. 1,46 ; L. 1,13 environ], prisé 100 livres lors de l’inventaire après son décès (n° 265) [7]. Thiéry le décrit en 1787 parmi les œuvres ornant le noviciat des Dominicains [8]. À la Révolution, Doyen inventorie le tableau comme réplique ("portrait du duc de Bouillon copié par l’élève de Rigaud"), jugement auquel se range Alexandre Lenoir ("Quatre autres portraits, copiés d’après ce maître dans son école, savoir : […] Le duc de Bouillon", n° 432). Le tableau est alors, en octobre 1795, au dépôt national des Monuments français (musée des Petits-Augustins) [9].

 

Plus que d'une version à dimensions, original ou réplique, il est probable que la gravure en contrepartie et en buste, inscrite dans un cadre ovale (correction apportée le 9 janvier 2018 : contrairement aux deux répliques peintes localisées), dont la Bibliothèque nationale de France conserve une très rare épreuve (Fig. 3), s'inspira directement d'une réplique en buste, comme cela est avéré pour bien d'autres burins réalisés d'après des portraits de Rigaud. Quant aux menues différences que l'on peut relever entre les répliques peintes conservées et l'estampe, notamment dans la façon dont le manteau de velours est drapé autour de la cuirasse, elles sont peut-être dues soit à l'existence d'une réplique peinte, aujourd'hui non localisée, présentant les mêmes caractéristiques iconographiques que l'estampe (correction apportée le 9 janvier 2018 : la version passée en vente chez Bonhams à Londres comme celle de la Galerie FC Paris présentent toutes deux le prolongement du bras (Fig. 4), mais non pas le retour, ample, sur le devant de la cuirasse), soit à l'adaptation nécessaire aux conventions propres aux portraits gravés (ajout apporté le 9 janvier 2018 : dont l'encadrement ovale), soit à la reprise de la composition d'origine en grand.

 

 

Fig. 3 : Jean François Cars d'après Hyacinthe Rigaud, Portrait d'Emmanuel Théodose de La Tour d'Auvergne, duc d'Albret, vers 1730, Paris, BnF, département des Estampes et de la photographie, N2

(c) Paris, BnF

 

 

Fig. 4 : Atelier de Hyacinthe Rigaud, Portrait d'Emmanuel Théodose de La Tour d'Auvergne, duc d'Albret, vers 1705-1708 (?), sans le cadre, Paris, Galerie FC

(c) Galerie FC Paris

 

 

Ce précieux témoignage ne comporte en outre qu'une lettre manuscrite, rapportée et rajoutée à la plume dans une écriture du XVIIIe siècle, qui identifie le modèle et les artistes chargés de perpétuer ses traits : Emanuel Theodose de la Tour d’Auvergne, appellé d’abord // Monsieur Le Duc d’Albret // puis Duc de Bouillon // Grand Chambellan en 1715. mort le 17 mai 1730. Plus bas, à gauche : Rigauld pinx. et à droite : Cars Sculp. Hendrik van Hulst, contrairement à Pierre Jean Mariette, fait figurer le portrait du duc d’Albret dans son catalogue de l’œuvre gravé de Rigaud, quoiqu’il s’agisse, nous dit-il, d’un "buste dont il n’y a que la tête d’achevée à cause de la savante beauté des cheveux" ; en revanche, il ne précise ni le nom du graveur, ni la date d’exécution de l’estampe. Dans la mesure où la lettre manuscrite comporte la date de décès du duc d’Albret, l’on est en droit de penser que la gravure elle-même est postérieure à 1730. L’identité du graveur pose en revanche problème. Cars père et fils ont tous deux travaillé d’après Rigaud : Jean François (1661-1730) a ainsi reproduit les portraits de Pierre de Sève de Fléchères, de Jean d’Estrées, de Fleuriau d’Armenonville et du cardinal de Polignac [10] ; Laurent (1699-1771), ceux du cardinal de Rohan-Soubise et de Sébastien Bourdon [11]. Cependant, le portrait du duc d’Albret s’apparente plus à la manière du père, encore attachée à la "sévère tradition du Grand Siècle", qu’à celle, souple et aisée, du fils ; d’autre part, l’état d’inachèvement de l’estampe pourrait s’expliquer par la disparition de Jean François Cars, le 30 août 1730, quatre mois après le décès du duc d’Albret.

 

Si l'on en est réduit aux conjectures sur la nature exacte de la composition "répétée", donc déjà usitée pour un précédent client, pour laquelle opta le jeune duc d'Albret pour son portrait jusqu'aux genoux, on notera que les réductions au seul buste obéissent à un schéma qu'affectionna Rigaud pour nombre de ses officiers supérieurs, comme en témoignent d'autres portraits contemporains (Fig. 5), ainsi que plusieurs petits répertoires d'attitudes militaires propres à faciliter le travail de l'atelier (Fig. 6 et 7).

 

 

Fig. 5 : Hyacinthe Rigaud, Portrait de Ferdinand Albrecht II von Braunschweig-Bevern, 1702 (?), Allemagne, Blankenburg, château de Salzdahlum, collection particulière

(c) Ariane James-Sarazin / droits réservés

 

 

Fig. 6 : Atelier de Hyacinthe Rigaud,  Étude de trois bustes en cuirasse, vers 1690-1705, Bordeaux, musée des Beaux-Arts

(c) Bordeaux, MBA

 

 

Fig. 7 : Atelier de Hyacinthe Rigaud, Étude de six bustes en cuirasse, vers 1690-1705, collection particulière

(c) Ariane James-Sarazin / droits réservés

 

 

 

Ajout apporté le 9 janvier 2018 : L'analyse de visu de la toile de la Galerie FC Paris révèle un faire particulièrement minutieux, qui confère beaucoup de finesse au visage juvénile du modèle et qui se différencie du caractère plus fondu et quelque peu opaque (peut-être accentué par les vernis et l'état de la toile) de la version de Londres. Qu'il s'agisse de Bailleul ou de Delaunay, l'un des traits saillants de la personnalité picturale du collaborateur de Rigaud, auquel revient le mérite du buste parisien, consiste dans la façon dont il agrémente son travail de ponctuations, déposées du bout de son pinceau ou par de brèves éraflures de sa brosse : légères, tremblées et frêles, elles soulignent l'arête du nez, humidifient les yeux, donnent du volume aux boucles de la chevelure, saupoudrent de dentelle un col furtivement échappé d'une gangue de métal ou ébauchent des reflets ténus (Fig. 8). On remarquera enfin un beau travail dans la pâte, notamment au niveau de l'épaule droite (Fig. 9), conforme à la qualité "made in Rigaud and Cie", si l'on nous permet cet anachronisme angliciste...

 

 

Fig. 8 : Atelier de Hyacinthe Rigaud, Portrait d'Emmanuel Théodose de La Tour d'Auvergne, duc d'Albret, vers 1705-1708 (?), détails, Paris, Galerie FC

(c) Ariane James-Sarazin / droits réservés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fig. 9 : Atelier de Hyacinthe Rigaud, Portrait d'Emmanuel Théodose de La Tour d'Auvergne, duc d'Albret, vers 1705-1708 (?), détail, Paris, Galerie FC

(c) Ariane James-Sarazin / droits réservés

 

Notes

 

[1] Recensée dans Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Dijon, Editions Faton, 2016, tome II : Le catalogue raisonné, au titre du n° *P.845, p. 286, repr. p. 287 : ht., H. 0,79 x L. 0,63 m, collection particulière ; cette toile était passée en vente à Londres, chez Bonhams, le 24 octobre 2012, lot 52, repr. (cercle de Rigaud, Un gentilhomme).

 

[2] Ibid., n° *P.845, p. 286-287.

 

[3] Ibid., n° *P.1065 pour Godefroy Maurice peint en 1708, n° *P.327 pour Marie Anne Mancini peinte en 1692, n° P.823 et *P.917 pour le comte d’Évreux peint une première fois en 1702-1704, puis en 1705 et n° P.1041 pour le cardinal de Bouillon (1707-1709/1740-1741). Voir également Ariane James-Sarazin, "Le portrait du cardinal de Bouillon par Hyacinthe Rigaud", La Revue des musées de France. Revue du Louvre, n° 2, 5 décembre 2007, p. 60-76.

 

[4] Ibid., n° P.1456.

 

[5] Ibid., n° *P.842.

 

[6] Paris, Archives nationales, minutier central des notaires parisiens, étude LXXIX, liasse 36.

 

[7] Paris, Archives nationales, minutier central des notaires parisiens, étude XLIII, liasse 383 et Ariane James-Sarazin, "L’inventaire après décès de Hyacinthe Rigaud", Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, livraison de l'année 2007, p. 109, note 130, p. 132.

 

[8] L. V. Thiéry, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, Paris, 1787, tome II, p. 533.

 

[9] Paris, Archives nationales, S 4219, pièce n° 11 ; J. A. Dulaure, Nouvelle description des curiosités de Paris, Paris, 1791, p. 97 ; Revue universelle des arts, 1865, tome XXI, p. 136.

 

[10] Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Dijon, Editions Faton, 2016, tome II : Le catalogue raisonné, respectivement n° *P.555, *P.636, *P.531, P.1310.

 

[11] Ibid., respectivement n° *P.1159 et P.1439.

 

Pour citer cet article

 

Référence électronique

Ariane James-Sarazin, "Une nouvelle version en buste du portrait du duc d'Albret", Hyacinthe Rigaud (1659-1743). L'homme et son art - Le catalogue raisonné, Editions Faton, [en ligne], 8 janvier 2018, URL : http://www.hyacinthe-rigaud.fr/single-post/2018/01/08/Une-nouvelle-version-en-buste-du-portrait-du-duc-dAlbret

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager sur Facebook
Partager sur Twitter
Please reload

Ariane James-Sarazin Hyacinthe Rigaud Catalogue raisonné
INDEX
  • Black LinkedIn Icon
  • Twitter Basic Black
NEWSLETTER
ARCHIVES
Please reload

L'AUTEUR
Ariane James-Sarazin