Une nouvelle version du portrait de François Henri d'Estavayer-Mollondin

11 May 2017

Catalogue concerné : I. Catalogue des portraits peints / Portraits d'attribution certaine

Période : Quatrième période (de 1699/1700 à 1709/1710)

Numéro déjà catalogué : P.936 (pages 315-316)

Rubrique concernée : Œuvres en rapport

Nature de la mise à jour : création d'une sous-rubrique Réplique ou copie conservée et ajout d'une oeuvre

 Fig. 1a : Anonyme d'après Hyacinthe Rigaud, Portrait de François Henri d'Estavayer-Mollondin, après 1705, collection particulière

(c) droits réservés / Ariane James-Sarazin

 

 

 Fig. 1b : Anonyme d'après Hyacinthe Rigaud, Portrait de François Henri d'Estavayer-Mollondin, après 1705, collection particulière

(c) droits réservés /Cabinet Turquin

 

 

NOUVELLE RÉPLIQUE OU COPIE

Anonyme d'après Hyacinthe Rigaud

François Henri d'Estavayer-Mollondin ou de Stavay-Mollondin

Ht. H. 0,83 ; L. 0,64 m. Inscription en haut à droite, sous le blason, due à Rudolf von Wallier (1808-1887), vers 1850-1870 : LE CHEVALIER // FR: P: LOUIS // D'ESTAVAYE //A MOLLONDIN // NAT: i68i // MORT: 28 JANV: // 1736.

Deux étiquettes au dos. Sur la première, en bas à droite, inscription due à Urs Frölicher en 1950 : Portrait von H. Rigaud (das // gleiche Portr. im Museum von // Neuchâtel und früher ein drittes // Gleiches auf Blumenstein in Soloth.) // Die Inschrift auf der Vorderseite, von // Hr. Rud. v. Wallier [Rudolf von Wallier (1808-1887] angebracht, ist falsch. // Es handelt sich um den Bruder des Fr. P. // Louis, // um // François Henri d'Estavayer // Seigneur de Mollondin et Barberêche. // 1673-1749. Gouverneur de Neuchâtel // Sein Enkel : Joh. Vikt. Jos. Laurenz // v. Estavayer [Johann Victor Urs Joseph Laurenz Fidel von Stäffis-Mollondin (1753-1787), propriétaire du manoir de Blumenstein] heiratete die Gräfin Johanna // Ma.  Nicola de Durfort Leobard [Marie Jeanne Nicole de Durfort-Léobard (1757-1838)]. // Ihre Tochter M. Ludovica Caroline // v. Estavayer war Gemahlin des // Louis v. Roll (Gründer der Eisenwerke) [Il semble que Frölicher ait confondu les deux sœurs, car c'est l'aînée, Johanna Karolina Anophe qui aurait épousé Ludwig von Roll et non sa cadette, Ludovika Franziska qui épousa en 1797 Robert Fidel Carl Wallier von Saint-Aubin]. // Die Schwester des Louis v. Roll (...) //  Frau Marg. Wallier v. Wendelstorf // die Mutter meiner Urgrossmutter // Glutz-Wallier // Zug. 1950 Dr. Urs J. Fröhlicher //. Sur la seconde, en bas à gauche, inscription anonyme, vers 1900 : François Henri d'Estavayer, Seigneur de // Mollondin et Barberêche. // (Inschrift auf dem Bild ist falsch. Fr. P. Louis // ist der Bruder von François Henry). // Né 1673. + 8 juillet 1749 à Soleure. // Gouverneur de Neuchâtel et Valengin de 1699 // à 1707. (Sohn des Franz Ludwig Blasius geb. 1639 + 1692 // u[n]d der Maria Barbara de Praroman + 1699). // Ehe 1701 mit Maria Franziska  Greder (1674-1743). // Sein Enkel Joh. Vikt. Urs Jos. Laurenz Fidel // v. Stäffis-Mollondin Ehe 6. II. 1775 in Paris mit // Marie Jeanne Nicole de Durfort-Léobard geb. 1757 // + 1838, Tochter des Grafen Louis de Durfort-Léobard // u[n]d der Anne Susanne de Monréal de Sarans. // Aus dieser Ehe 2 Töchter : // 1) Marie Louise Charlotte, Ehe 1792 mit Ludwig v. Roll // 2) Franziska Ehe (...) 

Coll. part.

Hist. : Peint après 1705 ; coll. Rudolf von Wallier (1808-1887), vers 1850-1870 (?) ; coll. de l'ophtalmologue suisse, Urs Frölicher (Soleure, 1895-Zug, 1956), installé à Zug à partir de 1922, parent des Wallier et fils de Franz Joseph Otto Frölicher (1852-1915), co-directeur de la fabrique du papier Ziegler à Grellingen, 1950 ; vente Troyes, Boisseau-Pomez (expert : Cabinet Eric Turquin), 20 mai 2017, lot 354, repr. (entourage de Hyacinthe Rigaud, vers 1730, Portrait de François Pierre ou de François Henri d'Estavayer-Mollondin) ; coll. part. 

Ajout apporté à notre texte le 17 juin 2017 : nous tenons à exprimer notre profonde gratitude au propriétaire du tableau à qui nous devons d'avoir précisé notre lecture des deux inscriptions et qui nous a très aimablement communiqué le fruit de ses propres recherches généalogiques, ce qui nous a permis de préciser l'historique.

 

 

Les années 1703-1705 voient Marie d'Orléans (1625-1707), duchesse de Nemours, alors en butte aux prétentions du prince de Conti sur ses terres de Neuchâtel et Vallangin, et nombre de ses partisans suisses fréquenter assidûment l'atelier de Hyacinthe Rigaud. C'est ainsi qu'en 1705 précisément, l'un d'entre eux, François Henri d'Estavayer-Mollondin (7 février 1673-8 juillet 1749) commande son portrait en buste et en plastron militaire pour 140 livres [1] (Fig. 2), à l'occasion d'un séjour à Paris, concomitamment à sa souveraine qui en fait autant, mais dans un format et selon un schéma bien plus imposant [2] (Fig. 3), dont Rigaud se souviendra quelque huit ans plus tard pour représenter une autre princesse de la maison d'Orléans, la truculente Palatine.

 

 

 Fig. 2 : Hyacinthe Rigaud, Portrait de François Henri d'Estavayer-Mollondin, 1705, Neuchâtel, musée d'Art et d'Histoire, inv. AP 591 

(c) Neuchâtel, musée d'Art et d'Histoire

 

 

Fig. 3 : Hyacinthe Rigaud, Portrait de Marie d'Orléans, duchesse de Nemours, 1705, Lausanne, musée cantonal des Beaux-Arts, inv. 1955-003

(c) Lausanne, musée cantonal des Beaux-Arts

 

 

François Henri appartient à l'une des branches cadettes, fondée au XVIe siècle, d'une vieille famille noble de Suisse romande, les d'Estavayer (ou en allemand, von Stäffis), installée dès le Moyen Age sur la rive sud du lac de Neuchâtel. Son père, François Louis Blaise (1639-1692), fit carrière au service du roi de France comme capitaine au régiment des Gardes suisses (1664-1668) et secrétaire-interprète de l'ambassadeur de Louis XIV en Suisse [3]. Farouche partisan de la duchesse de Nemours, il occupa, en dépit des intrigues, de hautes fonctions : membre du Grand Conseil de Soleure (1661) et du Petit Conseil (1664), conseiller d'Etat de la principauté de Neuchâtel (1663), lieutenant du gouverneur (1664-1670), puis gouverneur lui-même (1679) avant d'être destitué par le jeu des partis en 1682. Son action éminente à Soleure, après son départ de Neuchâtel, comme intendant des bâtiments (1686) et bailli de Kriegstetten (1689-1691) lui valut le surnom de père du peuple. De son union avec Marie-Barbe de Praroman (?-1699), François Louis Blaise eut deux fils : François Henri né en 1673 et François Pierre Louis (1681-1736) que Joseph Roman, dans son édition des livres de comptes [4], confondit à tort, comme nous l'avons établi en 2003 [5], avec le "M[onsieu]r de Mollondin de Suisse" inscrit en 1705 dans ces mêmes livres de comptes pour un portrait à 140 livres, soit un buste. Cette confusion entre les deux frères est d'ailleurs reprise dans l'inscription qui figure sur la version proposée en vente à Troyes le 20 mai prochain, comme en attestent les deux petits textes en allemand figurant sur les étiquettes au revers de la toile (Fig. 4a, b et c) qui ne manquent pas de relever eux aussi l'erreur. 

 

 

Fig. 4a : Anonyme d'après Hyacinthe Rigaud, Portrait de François Henri d'Estavayer-Mollondin (dos), après 1705, collection particulière

(c) droits réservés / Cabinet Turquin

 

 

Fig. 4b : Anonyme d'après Hyacinthe Rigaud, Portrait de François Henri d'Estavayer-Mollondin (dos), après 1705, collection particulière

(c) droits réservés / Ariane James-Sarazin

 

 

Fig. 4c : Anonyme d'après Hyacinthe Rigaud, Portrait de François Henri d'Estavayer-Mollondin (dos), après 1705, collection particulière

(c) droits réservés / Ariane James-Sarazin

 

 

Outre le fait que le tableau original, conservé au musée d'art et d'histoire de Neuchâtel, porte au dos une inscription (Aetatis suae 32. Hyacinthe Rigaud fecit 1705) qui ne peut se rapporter qu'à François Henri, eu égard à la date d'exécution du portrait (1705) et à l'âge du modèle (32 ans, ce qui situe sa naissance en 1673), le rédacteur des livres de comptes a pris soin d’indiquer que le client venait « de Suisse », sans doute pour l’opposer à François Pierre qui vit alors en France.

En effet, si son cadet fit l'essentiel de sa carrière au service des Bourbons comme premier lieutenant de la compagnie générale des gardes suisses (1703), capitaine d’une demi-compagnie (1709), puis d’une compagnie (1716), ce qui lui valut d'être honoré de la croix de chevalier de Saint-Louis en 1716 [6], François Henri demeura attaché à sa petite patrie. Premier seigneur de Barberêche, il fut nommé conseiller d’Etat et lieutenant du gouverneur de la principauté de Neuchâtel en 1694 par la duchesse de Nemours, avant d'exercer les fonctions de gouverneur de la principauté (1699-1707), le dernier sous les Orléans-Longueville. Grand conseiller de Soleure (1690) et Jungrat (1702), il revint à Soleure après 1707 et fut bailli du Bucheggberg (1708-1711), Altrat (1715) et conseiller secret (1740).

Il était très lié non seulement à François de Chambrier (1663-1730) [7], maire de Neuchâtel, mais encore à François Bourret (?-1739) [8], avocat en Parlement, trésorier et secrétaire particulier de la duchesse de Nemours, qui commanda immédiatement en 1705 une réplique du portrait de François Henri, tandis que celui-ci acquit à son tour en 1706 une réplique du portrait de la famille de son ami [9]. Il est probable que la tête de la réplique du portrait de François Henri acquise par François Bourret ait été confiée à Bailleul, l'un des collaborateurs de Rigaud, comme semblent l'indiquer les livres de comptes du maître.

 

Outre cette réplique, jusqu'à présent non localisée, le portrait de François Henri d'Estavayer-Mollondin a fait l'objet d'une reprise, conservée à Solothurn (Fig. 5) [10], que nous avions jusqu'à présent plutôt tendance à considérer comme une copie réalisée à l'extérieur de l'atelier compte tenu de sa palette en certains endroits un peu outrée, mais qu'eu égard à sa qualité, bien supérieure à la toile proposée à Troyes le 20 mai prochain, nous proposons aujourd'hui de réévaluer : il pourrait en effet s'agir d'une réplique de l'atelier, mais aucun indice ne permet de la faire correspondre à l'exemplaire acquis par Bourret. 

 

 

Fig. 5 : Atelier (?) de Hyacinthe Rigaud, Portrait de François Henri d'Estavayer-Mollondin, après 1705, Solothurn, Museum Blumenstein, inv. 1955.79

(c) Solothurn, Museum Blumenstein

 

 

On notera que la version de Solothurn présente les mêmes petites différences dans le rendu et la teinte, plus jaune que rousse, des festons de la cuirasse, par rapport à l'original, que la toile de Troyes (Fig. 6), suggérant soit une filiation, soit une source commune entre les deux reprises. En dépit de son état, la version proposée à la vente le 20 mai ne manque pas de mérite, que ce soit dans l'acuité du regard ou le traitement minutieux, cheveu par cheveu, de la perruque (Fig. 7a et b), même si les ajustements, justaucorps de velours, col en dentelle (Fig. 7c) et plastron métallique, présentent moins de soin dans leur rendu. Quant au fond, ciel et muret de pierres de taille dans le coin droit du tableau, ils sont complètement obscurcis et demeurent, pour l'instant, quasi imperceptibles. 

 

Fig. 6 : Dans l'ordre d'apparition, 1. Toile originale de Neuchâtel ; 2. Version de Solothurn ; 3. Version de Troyes

(c) droits réservés / Ariane James-Sarazin

 

 

 

Fig. 7a : Anonyme d'après Hyacinthe Rigaud, Portrait de François Henri d'Estavayer-Mollondin (détail), après 1705, collection particulière

(c) droits réservés / Ariane James-Sarazin

 

 

Fig. 7b : Anonyme d'après Hyacinthe Rigaud, Portrait de François Henri d'Estavayer-Mollondin (détail), après 1705, collection particulière

(c) droits réservés / Ariane James-Sarazin

 

 

Fig. 7c : Anonyme d'après Hyacinthe Rigaud, Portrait de François Henri d'Estavayer-Mollondin (détail), après 1705, collection particulière

(c) droits réservés / Ariane James-Sarazin

 

 

Signalons enfin que le beau-frère de François Henri d'Estavayer-Mollondin, Franz Lorenz Greder (1658-1716) posa également en 1705 pour 140 livres devant Rigaud et son collaborateur Bailleul, qui se chargea de l'habit répété [11] (Fig. 8).

 

 

Fig. 8 : Hyacinthe Rigaud, Portrait  de Franz Lorenz Greder, 1705, Solothurn, Museum Blumenstein, inv. 1951.70

(c) Solothurn, Museum Blumenstein

 

 

Notes

 

[1] Voir Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Dijon, Editions Faton, 2016, tome II : Le catalogue raisonné, n° P.936, p. 315-316, repr. p. 315.

 

[2] Ibid., n° P.939, p. 316-318, repr. p. 316.

 

[3] Voir Eric-André Klauser, dans Dictionnaire historique de la Suisse, [en ligne], mis en ligne le 1er novembre 2012, consulté le 23 janvier 2013, URL : http://www.hls-dhs-dss.chF15639.php ; Guillaume Poisson, "Le rôle des secrétaires-interprètes de l'ambassadeur de France à Soleure dans la seconde moitié du XVIIe siècle", Etudes de lettres, [en ligne], 3/2010, mis en ligne le 15 septembre 2013, consulté le 30 septembre 2016, URL : http://edl.revues.org/261.

 

[4] Joseph Roman, Le Livre de raison du peintre Hyacinthe Rigaud, Paris, 1919, p. 116.

 

[5] Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), thèse de doctorat sous la dir. de Bertrand Jestaz, Paris, École pratique des hautes études, 2003, cat. I, n° 771.

 

[6] François Pierre Louis fut également Grand Conseiller de Soleure à partir de 1701. C'était également un bibliophile distingué.

 

[7] Peint en 1703-1704, vers 1705/1710-1715 et vers 1723 : voir Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Dijon, Editions Faton, 2016, tome II : Le catalogue raisonné, n° P.866, p. 291-292, n° P.1120, p. 373 et n° *P.1408, p. 482.

 

[8] Peint en 1689 et en 1704 : ibid., n° *P.169, p. 62 et n° *P.869, p. 293.

 

[9] Ibid., n° *P.990, p. 333. Confiée par Rigaud à son collaborateur Adrien Leprieur, la réplique du portrait de la famille Bourret coûta 375 livres à François Henri d'Estavayer-Mollondin. 

 

[10] Ibid., citée sous le n° P.936, repr. p. 316.

 

[11] Ibid., n° P.916, p. 310. François Henri avait en effet épousé en 1701 Marie Françoise de Greder (1674-1743). Correction apportée à notre texte le 15 mai 2017 : le portrait de Franz Lorenz Greder conservé à Solothurn avait été reproduit pour la première fois dans l'ouvrage de Paul de Vallière, Honneur et fidélité. Histoire des Suisses au service étranger, p. 429, publié à Lausanne en 1940, que nous citons pourtant en bibliographie générale de notre ouvrage de 2016, tome I, p. 677, mais sans que la référence précise au portrait de Greder ait été dûment reportée dans la notice correspondante du tome II (n° P.916, p. 310). 

Pour citer cet article

 

Référence électronique

Ariane James-Sarazin, "Une nouvelle version du portrait de François Henri d'Estavayer-Mollondin", Hyacinthe Rigaud (1659-1743). L'homme et son art - Le catalogue raisonné, Editions Faton, [en ligne], 11 mai 2017, URL : http://www.hyacinthe-rigaud.fr/single-post/2017/05/11/Une-nouvelle-version-du-portrait-de-François-Henri-dEstavayer-Mollondin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Hyacinthe Rigaud Catalogue raisonné Éditions Faton Ariane James-Sarazin
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