2017 Éditions Faton

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Hyacinthe Rigaud Catalogue raisonné Éditions Faton Ariane James-Sarazin
Hyacinthe Rigaud Catalogue raisonné Éditions Faton Ariane James-Sarazin
Editions Faton Hyacinthe Rigaud Catalogue raisonné

Un Angevin chez Rigaud : le portrait inédit de Messire René Gohin de La Cointerie

29 Oct 2017

Catalogue concerné : I. Catalogue des portraits peints / Portraits d'attribution certaine

Période : Troisième période (de 1690/1691 à 1699/1700)
Nature de la mise à jour : création de notice

Numéro supplémentaire au catalogue : PS.14

Fig. 1a : Hyacinthe Rigaud, Portrait de René Gohin de La Cointerie (avant bichonnage et nettoyage), 1692, collection particulière

(c) Ariane James-Sarazin / droits réservés

 

Fig. 1b : Hyacinthe Rigaud, Portrait de René Gohin de La Cointerie (revers, avant traitement), 1692, collection particulière

(c) Ariane James-Sarazin / droits réservés

 

Fig. 1c : Hyacinthe Rigaud, Portrait de René Gohin de La Cointerie (après bichonnage et nettoyage), 1692, collection particulière

(c) Raphaël Courant / droits réservés

Fig. 1d : Hyacinthe Rigaud, Portrait de René Gohin de La Cointerie (revers, après traitement), 1692, collection particulière

(c) Ariane James-Sarazin / droits réservés

 

 

 

 

 

 

NOUVELLE NOTICE

PS.14 René Gohin de La Cointerie

Ht. ovale. H. 0,81 x L. 0,64 cm. Inscription au dos recopiée d'après une inscription ancienne : René de Gohin // Premier Président au // Présidial d'Angers // âgé de 57 ans // et Peint // en 1692. Sur un cartel au bas du cadre : H. RIGAUD - 1692.

Coll. part.

Hist. : Resté dans la descendance du modèle jusqu'à aujourd'hui ; ajout du 30 mai 2018 : vente Angers, étude Enchères Pays de Loire maîtres Chauviré et Courant, expert René Millet, 30 mai 2018, lot 516, repr. ; acquis à cette vente par préemption par les musées d'Angers

 

 

 

Tout comme le buste du magistrat châlonnais, Charles de Parvillez [1] (Fig. 2), dont il partage la veine sobre et équilibrée, entre vérité et distinction aimables d'un visage, le portrait de René Gohin a échappé tant aux livres de comptes de Hyacinthe Rigaud qu'au témoignage de son ami Hendrik Van Hulst. Loin de fragiliser sa paternité qui revient d'évidence à l'artiste - nous avons eu bien des fois l'occasion de souligner les oublis des livres de comptes pour des portraits dont l'attribution à Rigaud ne laissait aucun doute, ce qui est précisément le cas ici -, cette omission confère encore plus de valeur à cette image empreinte d'une noblesse bienveillante, qui rappelle combien, à ses débuts et avant que sa renommée ne circonscrive pour l'essentiel sa clientèle aux plus hautes sphères, Rigaud fut aussi le peintre des notabilités de province. Pourtant, parmi celles-ci, l'Anjou demeurait peu représentée, jusqu'à la réapparition récente de notre tableau...

 

 

 

Fig. 2 : Hyacinthe Rigaud, Portrait de Charles de Parvillez, 1692, Nîmes, musée des Beaux-Arts, inv. IP 156

(c) Nîmes, musée des Beaux-Arts

 

 

 

La famille des Gohin, dont il existe plusieurs branches (les Gohin de Malabry, de la Belottière, de Montreuil, des Aulnais, de La Cointerie [2]), appartient à la noblesse de robe de l'Anjou : la particule qui précède parfois le patronyme Gohin ne lui est associée de façon récurrente et attestée par les sources qu'à partir du XVIIIe siècle.

 

Baptisé dans la paroisse Saint-Maurille d'Angers le 9 janvier 1641 et mort à Querré, dans l'actuel département de Maine-et-Loire, le 17 septembre 1706 [3], René Gohin, écuyer, seigneur de La Cointerie, est le fils puîné de Michel Gohin (1607-1657), seigneur de Montreuil, avocat au Parlement, conseiller du roi au Présidial d'Angers (1633), échevin (1652), maire d'Angers (1653) et d'Anne Dubois [4]. Suivant en cela une tradition familiale, René devient conseiller au Présidial de sa ville natale. Son union, le 21 juillet 1671 à Château-Gontier, avec Marie Denise Trochon (morte en 1720), dame des Massuères, fille de Pierre, sieur de Champagné, conseiller et avocat du Roi en la sénéchaussée et siège présidial de Château-Gontier, lui permet de s'élever rapidement dans la hiérarchie des offices. En effet, à la mort, en 1668, de son titulaire, Laurent Lasnier de La Guerche, l'office de président du Présidial d'Angers est vendu par ses héritiers à Pierre Trochon, qui en fait présent en 1671 à son futur gendre, René Gohin [5]. Aussi, le lundi 25 mai 1671, "M. le lieutenant général a fait rapport des lettres de président à ce siège [du Présidial d'Angers], de M. René Gohin, pourvu de la charge de feu M. Lasnier de La Guerche, et de son arrêt de réception ; après lecture desquelles, deux de MM. les conseillers ont descendu pour avertir ledit sieur Gohin qui, étant ensuite entré en la chambre, a pris place après M. le président Boylesve [il s'agit du lieutenant général]. Lesdites lettres et arrêt ont été lus le même jour à l'audience." [6].

 

En août 1692, alors qu'il a 51 ans (et non 57 comme l'indique par erreur l'inscription portée au dos de la toile), René Gohin est élevé au titre de Premier président du Présidial d'Angers [7]. Il est probable qu'il ait alors souhaité marquer cette nouvelle étape dans l'échelle des honneurs en passant commande de son effigie solennelle, en buste, auprès du jeune portraitiste à la mode, Hyacinthe Rigaud, dont le tout Paris s'arrachait alors les talents. Nommé président honoraire du Présidial d'Angers le 29 juillet 1703, René Gohin assuma également à partir du 6 mai 1680 les fonctions de directeur de l'Hôpital général de la ville [8]. Au titre de membre de l'Académie d'Angers qu'il intègre en 1685 avant d'en devenir le chancelier (1686-1687), puis le directeur (1694-1698), c'est à lui que revient la charge de prononcer un éloge du Roi le 14 mai 1687 [9].

 


On sait peu de choses sur l'action de René Gohin au sein du Présidial, si ce n'est que les registres le citent maintes fois pour avoir prononcé des discours à l'adresse des représentants du roi (gouverneur, intendant, etc.) lors de cérémonies à la cathédrale d'Angers ou répondu aux étudiants ayant dédié leurs thèses de droit au Présidial. Quant à l'éloge que dresse de lui l'avocat du roi Janneaux, le 3 décembre 1703 [10], il n'échappe pas aux règles d'un panégyrique convenu, vantant ses "vertus, après avoir fait pendant plus de 30 ans, [Messieurs], le sujet de vos admirations" et ses "merveilleuses qualités". Écoutons-le : "Il s'adonna bien tost à différens exercices du cors, et de l'esprit, et il y réussit si bien, qu'il sembla avoir fait de chacun d'eux, son unique application. Après avoir pour un premier fruit de ses études recueilli ce qu'il y a de plus élégant, et de plus exquis dans Platon, de sublime dans Aristote, d'éloquent dans Démosthène et dans Cicéron, dans Quintilien ce qui sert à acquérir l'art de bien parler, et dans Sénèque, ce qui conduit à la perfection des mœurs, après s'estre formé dans son adolescence une imagination vive et nette, une mémoire prompte et sûre, un sage discernement, une justesse de goût, une élévation aisée et soutenue de mots propres et sans fard, il porta dans ce tribunal ces dispositions heureuses dont l'assemblage l'égala aux juges les plus consommés, par le soin qu'il prit d'imiter dans les uns, la profondeur de Papinien, dans les autres, la manière adroite de Paul à proposer les doutes et à les résoudre, dans ceux-cy, le style disert d'Ulpien pour expliquer des principes généraux, et dans ceux-là, les scrupules de Scaevola à s'attacher jusqu'aux moindres circonstances du fait. Revêtu d'une des premières dignités de ce siège, il en maintint les prérogatives et les droits avec la mesme fermeté, qu'il eut à en soutenir le poids."

 

Cette dernière assertion fait écho à l'un des traits de caractère qui ressort d'un examen attentif des registres du Présidial : il semble que René Gohin ait été particulièrement à cheval sur les prérogatives du siège. Or, parmi celles-ci figurait le privilège de porter la robe rouge, attribut vestimentaire normalement dévolu aux seuls parlementaires : "Pour cette société conquérante et tapageuse, la conquête de la robe [rouge] en 1652, sonne comme une consécration. Notre oligarchie, comme celles du Mans et de Tours, fait mieux encore que les autres sièges. En 1683, le conseiller Grandet parle d'un honneur "qui faisait en partie la distinction de nos charges sur celles de tous les autres Présidiaux du royaume" [...] On jugera l'importance du privilège lorsqu'on sait que les parlements prétendaient seuls avoir le droit de porter la robe rouge et le chaperon fourré - marques de souveraineté que les rois leur avaient déléguée" [11]. A Toulouse, le Premier Président, apprenant que le président du Présidial s'était rendu à l'audience en robe rouge, alla ainsi jusqu'à dépêcher "un huissier qui l'obligea à la retirer en pleine ville" [12].

 

Dès lors, on comprend que René Gohin ait eu à cœur de se faire représenter par Rigaud en 1692 dans toute la plénitude de son office de Premier président, c'est-à-dire revêtu de l'ample robe rouge, objet de tant de fierté de la part de ses confrères angevins. Se détachant sur un fond neutre et sombre, la silhouette du magistrat, dominée par une abondante perruque aux boucles nourries et denses, tout-à-fait caractéristique de la période, frappe par sa monumentalité et son autorité, que renforce la physionomie aiguë du modèle : regard acéré, nez d'aigle, minces lèvres serrées. C'est à elle que Rigaud réserve toute son attention, tandis que le costume de fonction, rabat empesé à pompons, "surplis" de laine écarlate sur "tunique" d'obscurité, joue sa partition de simple, mais signifiant, accessoire, à l'instar de ce que l'on peut observer dans d'autres portraits contemporains du Catalan (Fig. 3). Bien visibles, les triturations du pinceau se plaisent à se perdre dans la broussaille des sourcils et à nuancer à l'envi le modelé des carnations (Fig. 4), au point de donner au spectateur l'illusion parfaite et saisissante d'une présence singulière en train de le fixer et de le dévisager, comme s'il comparaissait solennellement au tribunal du Présidial d'Angers devant Messire Gohin de La Cointerie...

 

 

 

Fig. 3 : Hyacinthe Rigaud, Portrait de magistrat inconnu, vers 1690-1695, collection particulière

(c) Ariane James-Sarazin / Philippe Salinson / droits réservés

 

 

Fig. 4 : Hyacinthe Rigaud, Portrait de René Gohin de La Cointerie (détail), 1692, collection particulière

(c) Ariane James-Sarazin / droits réservés

 

Notes

 

[1] Voir Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Dijon, Editions Faton, 2016, tome II : Le catalogue raisonné, n° P.300, p. 107, repr.

 

[2] On trouve aussi la forme "La Cointrie". Nous remercions très chaleureusement notre ami François Comte, archéologue, conservateur en chef aux musées d'Angers, pour son aide précieuse dans le repérage des sources angevines.

 

[3] Dictionnaire généalogique des familles de l'Anjou, fascicule n° 53, ADFA, août 2006, p. 2809. D'autres auteurs le font naître vers 1637 (Bernard Mayaud, Septième recueil de généalogies angevines, Nantes, chez l'auteur, 1987, p. 182-184).

 

[4] Léonce Gontard de Launay, Recherches généalogiques et historiques sur les familles des maires d'Angers accompagnées de pièces inédites..., Angers, Lachèse et Cie, 1893, tome I, p. 70-71. Bernard Mayaud fait naître le père de René en 1612 (op. cit., p. 182-184).

 

[5] Sylvain Soleil, Le Siège royal de la sénéchaussée et du présidial d'Angers (1551-1790), Rennes, PUR, 1997, p. 176 et Angers, Arch. dép. de Maine-et-Loire, E 2655, contrat de mariage entre René Gohin et Marie Denise Trochon (publié par Léonce Gontard de Launay, op. cit., p. 83-85, pièce n° VI).

 

[6] M. Bougler, "Les registres du siège présidial d'Angers (1649-1782) d'après le manuscrit de la Bibliothèque municipale d'Angers", Revue de l'Anjou, 3e série, tome I, 1861, p. 81-82.

 

[7] Dictionnaire généalogique des familles de l'Anjou, op. cit., p. 2809.

 

[8] M. Bougler, op. cit., p. 121.

 

[9] Abbé Uzureau, "Ancienne académie d'Angers. Membres titulaires et associés (1685-1793)", L'Anjou historique, 1902, p. 266, 284, 286, 293.

 

[10] Angers, Bibl. mun., ms 517-518 (497-498), Discours prononcé par M. Janneaux avocat du Roy lors de la présentation des lettres de conseiller du Roy président honoraire au Présidial de Angers accordées par Sa Majesté à Messire René Gohin écuier seigneur de La Cointrie  faite à l'audience du même siège le 3e de décembre 1703.

 

[11] Sylvain Soleil, op. cit., p. 208.

 

[12] Jean Dauvillier, "Histoire des costumes des gens de justice dans notre ancienne France", Mélanges Aubenas. Recueil de mémoires et travaux publiés par la Société d'Histoire du droit et des institutions des anciens pays de droit écrit, Montpellier, 1974, p. 236.

 

Pour citer cet article

 

Référence électronique

Ariane James-Sarazin, "Un Angevin chez Rigaud : le portrait inédit de Messire René Gohin de La Cointerie", Hyacinthe Rigaud (1659-1743). L'homme et son art - Le catalogue raisonné, Editions Faton, [en ligne], 29 octobre 2017, URL : http://www.hyacinthe-rigaud.fr/single-post/2017/10/29/Un-Angevin-chez-Rigaud-le-portrait-inédit-de-Messire-René-Gohin-de-La-Cointerie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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